mercredi 18 janvier 2017

The Last Face : Le plus mauvais film du monde ?

Presque dix ans après l'enthousiasmant Into the Wild, Sean Penn crée l’événement au festival de Cannes en battant des records de critiques négatives contre son dernier long-métrage, The Last Face, en lice pour la palme d'or. Qualifié de « plus mauvais film du monde » par les Cahiers du cinéma, ce soi-disant navet sort miraculeusement sur nos écrans en ce début d'année. Bienveillant envers ce cinéaste (et un peu maso sur les bords, faut bien le dire...), j'ai voulu vérifier si, finalement, la presse ne s'était pas un peu trop emportée sur la croisette.


Date de sortie : 11 janvier 2017
Réalisation : Sean Penn
Genre : Drame
Nationalité : Américain
Au Libéria, pays d’Afrique ravagé par la guerre, le docteur Miguel Leon, médecin humanitaire, et le docteur Wren Petersen, directrice d’une ONG, tombent passionnément amoureux l’un de l’autre. S’ils sont tous les deux engagés corps et âme dans leur mission, ils n’en sont pas moins profondément divisés sur les politiques à adopter pour tenter de régler le conflit qui fait rage. Ils devront surmonter leurs clivages et le chaos qui menace d’emporter le pays tout entier – sous peine de voir leur amour voler en éclats...
Javier Bardem et Charlize Theron

N'y allons pas par quatre chemins, The Last Face est haïssable à tous les niveaux. Partant d'un postulat de base extrêmement casse-gueule mêlant film de guerre et romance mielleuse, Sean Penn accumule les ignominies avec une telle maladresse que son message humaniste initial disparaît au profit d'une indécence dégueulasse, présente d'emblée dans un texte introductif qui provoqua rires et consternations dans la salle : « Pour les occidentaux, la violence de la guerre en Afrique n'est comparable qu'à la brutalité des rapports entre un homme et une femme qui s'aiment d'un amour impossible ». Sympa pour les réfugiés et les médecins humanitaires.

Les personnages ont beau rabâcher cent fois que « la guerre est épouvantable » et que « l’indifférence du monde vis-à-vis des africains est honteuse », le long-métrage s’inscrit parfaitement dans la lignée de sa phrase d'ouverture : sans jamais être contextualisés ou même un tant soit peu expliqués, la situation géopolitique du Liberia et tous les massacres qui y sont commis apparaissent comme une petite toile de fond, un faire-valoir mettant en avant le dévouement des blancs et « l’alchimie » du couple que forment Jarvier Bardem et Charlize Theron. Par ailleurs, ce conflit sert également de prétexte à Sean Penn pour livrer un spectacle gore des plus obscènes, en s’attardant de manière suspecte sur des corps déchiquetés, amputés, putréfiés ou encore sur des intestins déroulés sur plusieurs mètres... Horrible.


Jean Reno, Javier Bardem, Jared Harris et Charlize Theron

En plus de cela, la réalisation rajoute une grosse dose de grotesque et de clichés en tous genres. Mi-Terrence Malick du pauvre, mi-spot publicitaire, le film multiplie les fautes de goût : travellings et zooms aléatoires, ralentis et flous artistiques abusifs, philtres et cadrages insignifiants, utilisations grossières de la musique... C'est laid. C'est idiot. C'est carrément déplacé dans sa volonté d'esthétiser l’atrocité des guerres civiles et certains passages sont tellement nanardesques qu'ils en deviennent potentiellement cultes. On pense notamment à une séquence hystérique de dispute conjugale qui, en plus d'être affreusement mal jouée, réunit absolument tous les effets grandiloquents cités ci-dessus (on aurait également pu citer la scène du brossage de dents, la scène du pied de Charlize Theron ou bien celle de l'hélicoptère, mais bon, tout cela sera sans doute magnifiquement décrypté sur Nanarland un de ces quatre).

Enfin, la cerise sur le gâteau avarié, ce sont bien évidemment les dialogues, qui sont soit totalement abscons (la voix off entre autres), soit complètement crétins (« C'est incroyable, elle a des fuites urinaires, mais elle danse », « Me pénétrer, ce n’est pas me connaître »...). La palme du ridicule revient probablement à Jean Reno et son intéressante vision du mariage : « Ce n’est pas chopper, c’est aimer ». Merci Jean, aka Docteur Love (je n'invente rien, son personnage s'appelle réellement comme ça). Mais les dialogues des plus indigents arrivent lors d'un suspense improbable autour d'une possible contamination des deux héros par le personnage d'Adèle Exarchopoulos, qui annonce ici sa séropositivité à l'homme qu'elle aime : « J'aurais aimé que tu aies le VIH comme moi, parce que ça aurait été tellement romantique » (??!!).

Au final, je ne saurais pas dire si on peut considérer The Last Face comme le plus mauvais film du monde, mais je vous assure que c'est bel et bien la pire daube jamais présentée en compétition à Cannes. À fuir !


Note: ★★★★

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